L’essentiel
Une mâchoire peut être « bloquée » de deux manières très différentes : soit la bouche n’arrive plus à s’ouvrir correctement, soit, au contraire, elle reste ouverte et ne se referme plus.
Ce ne sont pas les mêmes situations. Et une mâchoire véritablement bloquée ne doit pas être manipulée au hasard.
Lorsque la bouche reste bloquée ouverte
Il peut s’agir d’une luxation de la mâchoire : le condyle de la mandibule passe en avant de l’éminence articulaire (le relief osseux situé devant l’articulation) et ne revient pas en place. Le diagnostic est essentiellement clinique : la mandibule reste fixée en position ouverte et la fermeture devient impossible [1].
La prise en charge repose sur une réduction réalisée sans délai par un professionnel habilité — médecin des urgences, chirurgien maxillo-facial ou chirurgien-dentiste —, au besoin sous sédation ; après un choc, une radiographie permet d’écarter une fracture. Plus le délai augmente, plus la réduction peut être difficile, et une luxation ancienne peut nécessiter une chirurgie [1, 2].
Une bouche bloquée ouverte justifie donc une prise en charge urgente, aux urgences ou chez un chirurgien-dentiste, sans attendre. Ce n’est pas une situation pour laquelle on prend rendez-vous quelques jours plus tard pour « remettre l’ATM ».
Lorsque la bouche s’ouvre mal
Les causes sont nombreuses. Une limitation de l’ouverture peut être liée à un dysfonctionnement temporo-mandibulaire (DTM) musculaire, à un déplacement du disque sans réduction, à une inflammation, à une infection dentaire, à un traumatisme ou à d’autres causes qu’il faut différencier. Une ouverture qui diminue progressivement, sans explication, doit être vue rapidement par un médecin ou un chirurgien-dentiste [3].
Le DC/TMD, la référence internationale, s’appuie sur l’histoire du blocage, son retentissement et des mesures standardisées de l’ouverture. Par exemple, le déplacement discal sans réduction avec limitation d’ouverture associe un blocage assez important pour gêner l’alimentation et une ouverture maximale assistée inférieure à 40 mm : c’est le seul déplacement du disque que l’examen clinique reconnaît de façon fiable sans imagerie ; pour les autres, la référence reste l’IRM [4].
Une mesure d’ouverture n’a toutefois de valeur que replacée dans l’ensemble du tableau clinique.
Pourquoi « remettre la mâchoire » est une expression trompeuse
Parce qu’elle suggère qu’une structure serait simplement sortie de sa place et qu’une manipulation suffirait toujours à la repositionner. Dans la majorité des DTM, ce modèle est trop simpliste.
Même lorsqu’un déplacement du disque est suspecté, l’objectif n’est pas nécessairement de « repositionner » le disque. Les recommandations privilégient une prise en charge initiale conservatrice de la douleur et de la fonction, lorsque la situation ne relève pas d’une urgence ou d’une pathologie nécessitant un traitement spécifique [5, 6].
Quelle place pour une prise en charge fonctionnelle ?
Après exclusion des situations qui nécessitent un diagnostic ou un traitement médical ou dentaire, un bilan fonctionnel peut explorer l’ouverture, les latéralités, la trajectoire de la mâchoire, la douleur musculaire et les difficultés fonctionnelles.
L’objectif est de restaurer progressivement une fonction confortable, et non de promettre une correction anatomique non démontrée.
L’expression « ostéopathe maxillo-facial » ne désigne pas une spécialité reconnue : le titre d’ostéopathe ne comporte pas de spécialité [7], et la chirurgie maxillo-faciale est une spécialité médicale. Il est plus juste de parler d’un ostéopathe ayant développé une pratique et une formation orientées vers la sphère oro-maxillo-faciale.
Quand consulter d’abord, sans attendre
- Appelez le 15 (ou le 112) : douleur de la mâchoire à l’effort, ou avec une douleur dans la poitrine, un essoufflement ou des sueurs ; faiblesse d’un côté du corps, visage qui se déforme, trouble de la parole, même bref, ou trouble de la vue nouveau ou inhabituel, même bref ; mal de tête explosif, maximal dès le début ; gonflement du visage ou du cou qui s’étend vite, avec difficulté à avaler ou à respirer.
- Sans attendre : aux urgences après un choc sur la mâchoire, surtout si les dents ne s’emboîtent plus comme avant ; aux urgences ou chez un chirurgien-dentiste si la bouche reste bloquée ouverte.
- Le jour même : votre médecin si, après 50 ans, apparaissent un mal de tête récent, une douleur de la mâchoire en mâchant, un cuir chevelu douloureux ou un trouble de la vue (aux urgences si la vue baisse) ; votre chirurgien-dentiste ou votre médecin en cas de gonflement du visage ou de la gencive, de fièvre ou de douleur dentaire importante.
- Rapidement, un médecin ou un chirurgien-dentiste : ouverture de la bouche qui diminue peu à peu, dents qui ne s’emboîtent plus comme avant, engourdissement de la lèvre, du menton ou du visage.
Liste complète des signes d’alerte : page Mâchoire, ATM, migraines et céphalées.
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Apportez, si vous les avez : le courrier de votre médecin, chirurgien-dentiste ou orthodontiste, vos examens récents (panoramique dentaire, cone beam, IRM), votre gouttière et la liste de vos traitements. Avec votre accord, un compte rendu peut être adressé au praticien qui vous suit.
Cet article fournit une information générale et ne remplace pas un diagnostic médical ou dentaire.
Références
- Prechel U, Ottl P, Ahlers OM, Neff A. The treatment of temporomandibular joint dislocation. Dtsch Arztebl Int. 2018;115(5):59-64. doi:10.3238/arztebl.2018.0059
- Neff A, McLeod N, Spijkervet F, Riechmann M, Vieth U, Kolk A, et al. The ESTMJS (European Society of Temporomandibular Joint Surgeons) consensus and evidence-based recommendations on management of condylar dislocation. J Clin Med. 2021;10(21):5068. doi:10.3390/jcm10215068
- NHS Greater Glasgow and Clyde. TMD: red flags and serious pathology. Right Decision Service; 2024. rightdecisions.scot.nhs.uk
- Schiffman E, Ohrbach R, Truelove E, Look J, Anderson G, Goulet JP, et al. Diagnostic Criteria for Temporomandibular Disorders (DC/TMD) for clinical and research applications: recommendations of the International RDC/TMD Consortium Network and Orofacial Pain Special Interest Group. J Oral Facial Pain Headache. 2014;28(1):6-27. doi:10.11607/jop.1151
- Beecroft E, Palmer J, Penlington C, Avery L, Aggarwal V, Chase M, et al. Management of painful temporomandibular disorder in adults. NHS England (GIRFT), Royal College of Surgeons of England; 2024 (version 1.1, 2025). rcseng.ac.uk
- Al-Baghdadi M, Durham J, Araujo-Soares V, Robalino S, Errington L, Steele J. TMJ disc displacement without reduction management: a systematic review. J Dent Res. 2014;93(7 Suppl):37S-51S. doi:10.1177/0022034514528333
- Décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d’exercice de l’ostéopathie. legifrance.gouv.fr
