L’essentiel
Une douleur temporo-mandibulaire peut coexister avec une migraine ou une autre céphalée. Mais coexistence ne signifie pas causalité.
Une revue systématique avec méta-analyse associe les dysfonctionnements temporo-mandibulaires (DTM) douloureux à la céphalée de tension, à la migraine et aux céphalées chroniques ; elle ne retrouve pas d’association pour les DTM articulaires non douloureux, comme un claquement isolé. Le niveau de certitude de ces résultats reste faible à très faible [1].
Une personne migraineuse ne doit donc pas se faire expliquer d’emblée que « sa migraine vient de sa mâchoire ».
Il existe néanmoins une céphalée attribuée aux DTM
Le DC/TMD, la référence internationale pour le diagnostic des DTM, et la classification internationale des céphalées (ICHD-3) reconnaissent une catégorie particulière : la céphalée attribuée à un DTM [2, 3].
Il faut d’abord un DTM douloureux (douleur des muscles de la mâchoire ou de l’articulation elle-même). S’y ajoutent une douleur de la région temporale modifiée par les mouvements, la fonction ou les parafonctions de la mâchoire (serrer les dents, par exemple), et la reproduction de cette céphalée familière à la palpation du muscle temporal ou lors des mouvements de la mâchoire. Cette céphalée ne doit pas être mieux expliquée par un autre diagnostic [2, 3, 4]. Ces critères ont été validés, avec une sensibilité de 89 % et une spécificité de 87 % [4].
Ce n’est donc pas : « j’ai mal à la tête + ma mâchoire craque = ma mâchoire provoque mes migraines ». Il faut retrouver une cohérence clinique bien plus précise.
Migraine et DTM peuvent aussi coexister indépendamment
C’est probablement l’une des situations les plus fréquentes. Un patient peut avoir une migraine diagnostiquée et, en parallèle, une douleur du masséter ou une arthralgie temporo-mandibulaire (douleur de l’articulation elle-même).
Traiter l’un ne signifie pas traiter l’autre. L’intérêt du bilan est d’identifier ce qui relève du fonctionnement de la mâchoire et ce qui doit rester sous la responsabilité du médecin ou du neurologue.
Certaines céphalées ne doivent jamais être banalisées
La liste internationale SNNOOP10 rassemble les signaux d’alerte qui doivent faire rechercher une céphalée secondaire, c’est-à-dire liée à une autre maladie [5].
Quand consulter d’abord
- Appelez le 15 (ou le 112) : mal de tête explosif, maximal dès le début ; faiblesse ou engourdissement d’un côté du corps, visage qui se déforme, trouble de la parole, même bref, ou trouble de la vue nouveau ou inhabituel, même bref, avec ou sans mal de tête ; mal de tête avec raideur de la nuque, convulsions, confusion ou somnolence ; mal de tête après un choc violent à la tête ; plusieurs personnes du même logement ont mal à la tête : sortez, aérez et appelez, car il peut s’agir d’une intoxication au monoxyde de carbone [5, 6].
- Appelez le 15 ou allez aux urgences si un mal de tête inhabituel s’accompagne de fièvre sans autre explication, est apparu ou s’est nettement aggravé depuis moins d’une semaine, ou survient alors que vos défenses immunitaires sont affaiblies [6].
- Voyez votre médecin le jour même si, après 50 ans, apparaissent un mal de tête récent ou une douleur nouvelle de la tempe, une douleur de la mâchoire en mâchant, un cuir chevelu douloureux ou un trouble de la vue ; allez aux urgences si la vue baisse ou se dédouble, même brièvement [7]. De même, pendant une grossesse ou dans les 6 semaines après l’accouchement, en cas de nouveaux maux de tête qui ne passent pas avec le paracétamol, de troubles de la vue ou de gonflement soudain des mains ou du visage [6].
- Voyez rapidement votre médecin si vos maux de tête changent nettement, s’aggravent, ne cèdent plus à votre traitement habituel, se déclenchent à l’effort ou à la toux, varient selon la position, ou si vous avez eu un cancer [5, 6].
Les recommandations françaises de la Société française d’études des migraines et céphalées (SFEMC, 2021) sont la référence pour le diagnostic et la prise en charge de la migraine de l’adulte [6, 8].
Si vous prenez des antalgiques simples (paracétamol, aspirine, anti-inflammatoires) 15 jours par mois ou plus, ou des triptans, de la codéine, du tramadol ou des associations d’antalgiques 10 jours par mois ou plus, depuis plus de 3 mois, parlez-en à votre médecin : l’abus de médicaments peut lui-même entretenir les maux de tête [3, 6].
Et l’ostéopathie ?
Si une migraine a été correctement diagnostiquée, une prise en charge fonctionnelle peut éventuellement s’intéresser à une composante musculo-squelettique ou mandibulaire associée.
L’ostéopathie n’est pas présentée ici comme un traitement de la migraine. L’objectif est plus limité et plus défendable : évaluer si le patient présente, en parallèle, une douleur ou une limitation fonctionnelle de l’appareil manducateur (la mâchoire et les muscles de la mastication) et, lorsque c’est pertinent, prendre en charge cette composante, sans interrompre ni remplacer le suivi médical de la céphalée.
Aucune manipulation du cou n’est réalisée sans un diagnostic médical attestant l’absence de contre-indication, comme le prévoit la réglementation [9].
C’est précisément ce type de frontière qui permet une collaboration claire avec les médecins, les chirurgiens-dentistes, les orthodontistes et les ORL.
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Apportez, si vous les avez : le courrier de votre médecin, chirurgien-dentiste ou orthodontiste, vos examens récents (panoramique dentaire, cone beam, IRM), votre gouttière et la liste de vos traitements. Avec votre accord, un compte rendu peut être adressé au praticien qui vous suit.
Cet article fournit une information générale et ne remplace pas un diagnostic médical ou dentaire.
Références
- Réus JC, Polmann H, Souza BDM, Flores-Mir C, Gonçalves DAG, de Queiroz LP, et al. Association between primary headaches and temporomandibular disorders: a systematic review and meta-analysis. J Am Dent Assoc. 2022;153(2):120-31.e6. doi:10.1016/j.adaj.2021.07.021
- Schiffman E, Ohrbach R, Truelove E, Look J, Anderson G, Goulet JP, et al. Diagnostic Criteria for Temporomandibular Disorders (DC/TMD) for clinical and research applications: recommendations of the International RDC/TMD Consortium Network and Orofacial Pain Special Interest Group. J Oral Facial Pain Headache. 2014;28(1):6-27. doi:10.11607/jop.1151
- Headache Classification Committee of the International Headache Society (IHS). The International Classification of Headache Disorders, 3rd edition. Cephalalgia. 2018;38(1):1-211. doi:10.1177/0333102417738202
- Schiffman E, Ohrbach R, List T, Anderson G, Jensen R, John MT, et al. Diagnostic criteria for headache attributed to temporomandibular disorders. Cephalalgia. 2012;32(9):683-92. doi:10.1177/0333102412446312
- Do TP, Remmers A, Schytz HW, Schankin C, Nelson SE, Obermann M, et al. Red and orange flags for secondary headaches in clinical practice: SNNOOP10 list. Neurology. 2019;92(3):134-44. doi:10.1212/WNL.0000000000006697
- Demarquay G, Moisset X, Lantéri-Minet M, de Gaalon S, Donnet A, Giraud P, et al. Revised guidelines of the French Headache Society for the diagnosis and management of migraine in adults. Part 1: Diagnosis and assessment. Rev Neurol (Paris). 2021;177(7):725-33. doi:10.1016/j.neurol.2021.07.001
- van der Geest KSM, Sandovici M, Brouwer E, Mackie SL. Diagnostic accuracy of symptoms, physical signs, and laboratory tests for giant cell arteritis: a systematic review and meta-analysis. JAMA Intern Med. 2020;180(10):1295-304. doi:10.1001/jamainternmed.2020.3050
- Demarquay G, Mawet J, Guégan-Massardier E, de Gaalon S, Donnet A, Giraud P, et al. Revised guidelines of the French Headache Society for the diagnosis and management of migraine in adults. Part 3: Non-pharmacological treatment. Rev Neurol (Paris). 2021;177(7):753-9. doi:10.1016/j.neurol.2021.07.009
- Décret n° 2007-435 du 25 mars 2007 relatif aux actes et aux conditions d’exercice de l’ostéopathie, article 3. legifrance.gouv.fr
