L’essentiel
Une douleur de mâchoire peut provenir des muscles qui permettent de mâcher, de l’articulation temporo-mandibulaire — l’ATM, juste devant l’oreille — ou d’autres structures de la face, du cou et de la bouche.
On parle de dysfonctionnements temporo-mandibulaires, ou DTM, lorsque les symptômes concernent les muscles masticateurs, les articulations temporo-mandibulaires ou les structures associées. Ils peuvent associer douleur, difficulté à ouvrir la bouche, blocage ou bruits articulaires [1].
Une douleur de mâchoire ne signifie pas pour autant « DTM » : une dent, une infection et, plus rarement, le cœur ou une artère peuvent en être la cause [2, 3]. Le premier enjeu est donc de comprendre ce qui fait mal, depuis quand, dans quelles circonstances, et ce qui modifie la douleur.
Comment reconnaître une douleur liée au fonctionnement de la mâchoire ?
Dans les critères diagnostiques internationaux des DTM, le DC/TMD, un élément essentiel est de rechercher si la douleur habituelle est modifiée par l’ouverture de la bouche, la mastication, le bâillement ou d’autres mouvements de la mâchoire [1].
L’examen cherche ensuite si cette douleur « familière » peut être reproduite de manière contrôlée, lors de certains mouvements ou lors de la palpation des muscles masséters et temporaux (les principaux muscles de la mastication) ou de l’ATM [1].
C’est une nuance importante : une zone sensible à la palpation n’est pas forcément responsable de la plainte. Ce qui compte, c’est de retrouver — ou non — la douleur que le patient reconnaît comme la sienne [1].
L’article d’Ehrmann, Bernabeu et Charavet consacré au dépistage des DTM en orthodontie propose une démarche structurée : entretien, examen clinique puis, si nécessaire, examens complémentaires ou orientation vers un autre praticien [4].
La mâchoire ne s’examine pas isolément
Les DTM sont aujourd’hui considérés comme des troubles multifactoriels [1, 3]. On peut donc s’intéresser à la fois aux antécédents de traumatisme, aux habitudes de la mâchoire, au sommeil, à d’autres douleurs musculaires ou articulaires, aux traitements en cours et, lorsque c’est pertinent, au contexte psychologique.
Cela ne signifie pas que le stress, la posture ou le sommeil « causent » systématiquement la douleur.
Dans une étude française récente portant sur 595 patients consultant pour un DTM, les antécédents les plus fréquents étaient musculo-articulaires (22 %) et neuro-psychiatriques (20 %) ; les auteurs concluent qu’il n’existe pas de profil médical spécifique du patient DTM, mais plutôt une vulnérabilité ciblée [5].
L’objectif est donc de rechercher les facteurs pertinents, sans inventer de lien de cause à effet.
Quand consulter d’abord un médecin ou un chirurgien-dentiste ?
Certaines situations ne relèvent pas d’un bilan fonctionnel en première intention.
Quand consulter d’abord
- Appelez le 15 (ou le 112) si la douleur de mâchoire apparaît à l’effort ou s’accompagne d’une douleur dans la poitrine, d’un essoufflement, de sueurs ou d’un malaise [6, 7] ; en cas de faiblesse ou d’engourdissement d’un côté du corps, de visage qui se déforme, de trouble soudain de la parole, même bref, ou de trouble de la vue nouveau ou inhabituel, même bref [8] ; en cas de gonflement du visage ou du cou qui s’étend vite, avec difficulté à avaler, à respirer ou à ouvrir la bouche [3].
- Sans attendre, aux urgences après un choc sur la mâchoire, surtout si les dents ne s’emboîtent plus comme avant ; aux urgences ou chez un chirurgien-dentiste si la bouche reste bloquée ouverte [2, 3].
- Voyez votre médecin le jour même si, après 50 ans, apparaissent un mal de tête récent ou une douleur nouvelle de la tempe, une douleur de la mâchoire en mâchant, un cuir chevelu douloureux ou un trouble de la vue ; allez aux urgences si la vue baisse ou se dédouble, même brièvement [9].
- Voyez le jour même votre chirurgien-dentiste ou votre médecin en cas de gonflement du visage ou de la gencive, de fièvre, de douleur dentaire importante ou de suspicion d’infection.
- Consultez rapidement un médecin ou un chirurgien-dentiste si l’ouverture de la bouche diminue progressivement, si les dents ne s’emboîtent plus comme avant, en cas d’engourdissement de la lèvre, du menton ou du visage, de boule dans le cou, de plaie de la bouche ou de voix enrouée depuis plus de 3 semaines, de perte de poids inexpliquée, ou de douleur nouvelle de la mâchoire si vous avez eu un cancer ou prenez un traitement des os (bisphosphonates, dénosumab) [2, 3].
Quelle place pour une prise en charge fonctionnelle ?
Lorsque les situations qui demandent une prise en charge médicale ou dentaire spécifique ont été écartées, les recommandations actuelles pour les DTM douloureux privilégient des stratégies conservatrices et réversibles [3, 10].
Pour les douleurs chroniques associées aux DTM (depuis 3 mois ou plus), une recommandation internationale publiée dans le BMJ en 2023 recommande fortement les soins usuels (explications, conseils, exercices à domicile), les exercices de mâchoire supervisés, la mobilisation par un thérapeute, le travail manuel des points gâchettes, les exercices posturaux supervisés et la thérapie cognitivo-comportementale [10].
Cela ne signifie pas que toutes ces interventions conviennent à chaque patient. Le traitement dépend du type de DTM, de la durée des symptômes, de leur retentissement et du diagnostic posé, lorsqu’un diagnostic médical ou dentaire est nécessaire.
Au cabinet
Le premier rendez-vous dédié à la mâchoire dure 45 minutes. Il comprend un entretien détaillé, l’évaluation de la douleur et de la fonction de la mâchoire, des mesures d’ouverture et de latéralité, l’observation de la trajectoire d’ouverture et un examen fonctionnel des muscles et des articulations.
L’objectif n’est pas de se substituer au chirurgien-dentiste, à l’orthodontiste ou au médecin, mais de déterminer si une prise en charge fonctionnelle est pertinente et, avec votre accord, de transmettre les informations utiles au praticien qui vous suit.
Consultation spécialisée – douleurs de mâchoire, migraines, céphalées
Avec Valentine GUR · premier rendez-vous de 45 minutes. Votre mutuelle peut prendre en charge tout ou partie de la séance*, selon votre contrat : pensez à vérifier vos droits. Sur demande, une facture vous est fournie après la séance pour votre remboursement.*L’ostéopathie n’est pas remboursée par la Sécurité sociale.
Apportez, si vous les avez : le courrier de votre médecin, chirurgien-dentiste ou orthodontiste, vos examens récents (panoramique dentaire, cone beam, IRM), votre gouttière et la liste de vos traitements. Avec votre accord, un compte rendu peut être adressé au praticien qui vous suit.
Cet article fournit une information générale et ne remplace pas un diagnostic médical ou dentaire.
Références
- Schiffman E, Ohrbach R, Truelove E, Look J, Anderson G, Goulet JP, et al. Diagnostic Criteria for Temporomandibular Disorders (DC/TMD) for clinical and research applications: recommendations of the International RDC/TMD Consortium Network and Orofacial Pain Special Interest Group. J Oral Facial Pain Headache. 2014;28(1):6-27. doi:10.11607/jop.1151
- NHS Greater Glasgow and Clyde. TMD: red flags and serious pathology. Right Decision Service; 2024. rightdecisions.scot.nhs.uk
- Beecroft E, Palmer J, Penlington C, Avery L, Aggarwal V, Chase M, et al. Management of painful temporomandibular disorder in adults. NHS England (GIRFT), Royal College of Surgeons of England; 2024 (version 1.1, 2025). rcseng.ac.uk
- Ehrmann E, Bernabeu M, Charavet C. Dysfonctionnements temporo-mandibulaires et orthodontie : comment conduire un examen de dépistage ? Orthod Fr. 2024;95(1):19-33. doi:10.1684/orthodfr.2024.146
- Robin O, Audignon AL, Gebeile-Chauty S. Quel est le profil médical des patients consultant pour des dysfonctionnements temporo-mandibulaires ? Une étude descriptive et analytique sur 595 cas. Orthod Fr. 2026;97(2):189-99. doi:10.1684/orthodfr.2026.232
- Haute Autorité de santé. Lutte contre l’infarctus : nous sommes tous concernés. 2007. has-sante.fr
- Kreiner M, Falace D, Michelis V, Okeson JP, Isberg A. Quality difference in craniofacial pain of cardiac vs. dental origin. J Dent Res. 2010;89(9):965-9. doi:10.1177/0022034510370820
- Assurance Maladie. AVC : que faire ? 2026. ameli.fr
- van der Geest KSM, Sandovici M, Brouwer E, Mackie SL. Diagnostic accuracy of symptoms, physical signs, and laboratory tests for giant cell arteritis: a systematic review and meta-analysis. JAMA Intern Med. 2020;180(10):1295-304. doi:10.1001/jamainternmed.2020.3050
- Busse JW, Casassus R, Carrasco-Labra A, Durham J, Mock D, Zakrzewska JM, et al. Management of chronic pain associated with temporomandibular disorders: a clinical practice guideline. BMJ. 2023;383:e076227. doi:10.1136/bmj-2023-076227
